CP 05413

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Marcel Proust à Samuel Pozzi le jeudi [12 novembre 1914]

(Cliquez le lien ci-dessus pour consulter cette lettre et ses notes dans l’édition numérique Corr-Proust, avec tous les hyperliens pertinents.)

Jeudi[1]

102 boulevard Haussmann

Cher Monsieur,

« Il m’a comblé de biens, il m’en veut accabler[2] ».

Vraiment je ne m’attendais pas à ce certificat[3]. Oui je voudrais bien le garder toujours en souvenir[4]. Mais en tous cas la charmante carte — charmante de bonté et de style — sera précieusement conservée[5]. En tous cas rien ne pressait pour ce certificat. Mais « qui cito dat, bis dat », disaient les Romains. En étant si vite généreux, vous l’avez été deux fois[6]. Et moi je suis doublement reconnaissant.

Veuillez agréer, cher Monsieur, mes hommages de respectueuse gratitude et d’admiratif attachement.

Marcel Proust

[7] [8]

Notes

  1. Datée simplement de « Jeudi », cette lettre semble correspondre à une enveloppe portant le cachet postal du [vendredi] 13 novembre 1914. Elle date donc probablement du jeudi [12 novembre 1914]. [FL]
  2. Citation arrangée de Corneille. En pardonnant à Cinna, Auguste déclare : « Tu trahis mes bienfaits, je les veux redoubler ; / Je t'en avois comblé, je t'en veux accabler. » (Corneille, Cinna, acte V, scène 3, v. 1707-1708). Proust utilise souvent ce vers, ainsi condensé (« Je t'ai comblé de biens ») ou transposé (« Tu m'as comblé de biens »), pour remercier ses correspondants (voir CP 02030, CP 04054 et CP 05431 ; Kolb, IX, n° 105 et XIX, n° 16 ; BMP, n° 48, p. 20). [LJ, FL]
  3. Proust (qui avait été rayé des cadres de l'armée en 1911 pour cause de mauvaise santé chronique) avait espéré que Pozzi, médecin principal au Gouvernement militaire de Paris et vieil ami de son père, lui fournirait une attestation qui le dispenserait de se présenter devant le Conseil de révision. Mais lorsqu'il était allé le consulter un peu avant le 24 octobre 1914, Pozzi avait refusé (voir CP 02830 ; Kolb, XIV, n° 176). Le revirement du Dr Pozzi s'explique peut-être parce qu'il vient d'apprendre que Proust a obtenu des certificats de deux de ses confrères, dont le Dr Faisans, éminent spécialiste des maladies respiratoires (voir CP 05412). Une intervention discrète de Robert Proust auprès de son mentor et ami n'est pas non plus à exclure. [FL]
  4. Le certificat du Dr Pozzi n'a pas été retrouvé. Il est probable que Proust s'en sera servi auprès des autorités militaires, ainsi que de celui du Dr Faisans (dont seule une copie effectuée par Céleste Albaret a été retrouvée dans ses papiers : voir CP 05641). [LJ, FL]
  5. Cette carte n'a pas été retrouvée. [FL]
  6. Cette citation revient souvent dans la correspondance de Proust. En 1914, on la trouve en janvier (CP 02690 ; Kolb, XIII, n° 38) ou encore en juin (CP 02781 ; Kolb, XIII, n° 130). Elle provient des Sentences du poète latin Publilius Syrus (85 avant J.-C. — vers 43 avant J.-C.) : Inopi beneficium bis dat, qui dat celeriter (« C’est accorder deux fois un bienfait à un indigent que de l’accorder promptement »). La formule lapidaire (bis dat qui cito dat) est régulièrement attribuée à Sénèque (voir par exemple La Flore latine des dames et des gens du monde, ou Clef des citations latines que l'on rencontre fréquemment […], par Pierre Larousse, Paris, Larousse et Boyer éditeurs, 1861, p. 55). Cependant, bien que le traité de Sénèque Des bienfaits (De beneficiis) développe en effet l'idée qu'il faut donner « promptement, sans hésiter » (livre II, chapitre 1), nulle part ne s'y trouve l'adage en question. [LJ, FL]
  7. (Notes de traduction)
  8. (Contributeurs)